En entretien d’embauche, certaines questions sont interdites, notamment celles qui relèvent de la sphère privée. Dans les faits, les recruteurs les posent parfois. Voici comment les repérer et réagir.
« Êtes-vous célibataire, marié, divorcé ? Quel métier exerce votre conjoint ? Vous avez des enfants ? De quelle origine êtes-vous ? Avez-vous un handicap ? Des problèmes de santé ? Quel âge avez-vous ? » Voilà quelques questions que les candidats entendent parfois en entretien d’embauche. Pourtant, celles-ci sont interdites.
En entretien, les employeurs ne peuvent pas poser toutes les questions qui leur passent par la tête pour en savoir plus sur le candidat qu’ils ont en face d’eux. Et pour cause : l’entretien d’embauche est encadré par le Code du travail.
Vie perso
D’après celui-ci, les questions posées en entretien doivent permettre de jauger la capacité du candidat à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Les informations demandées « doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ». En clair, les questions sur des sujets d’ordre privé n’ont pas lieu d’être.
Le Code du travail définit aussi des points sur lesquels les employeurs ne peuvent pas poser de questions, sauf exceptions, au risque de commettre une discrimination à l’embauche : l’âge, le lieu de résidence, l’état de santé, l’orientation sexuelle, les opinions politiques, les activités syndicales…
Dans certains cas, l’emploi justifie toutefois de poser certaines questions qui sont en temps normal proscrites. A quelqu’un qui souhaite exercer dans le bâtiment ou être déménageur, on peut par exemple demander si son état de santé lui permet de porter des charges lourdes.
Des recruteurs pas toujours informés
Force est de constater qu’en entretien, certains recruteurs posent tout de même des questions qui ne sont pas dans les clous, observe Marlene Elmassian, avocate en droit social.
« Ils ne le font pas toujours dans une perspective discriminatoire, pense-t-elle. L’entretien est un moment de rencontre humaine et il est parfois difficile de dissocier la personne du professionnel. » A cela s’ajoute le fait que les recruteurs ne sont pas toujours au courant des questions autorisées ou proscrites.
Si le candidat se voit poser une question qui n’a pas lieu d’être, il est en droit de ne pas y répondre. Et si le recruteur insiste ? Il peut rappeler que la question n’a pas de lien avec l’emploi proposé, et que cela ne joue pas sur sa capacité à exercer ce travail. « Mais cela peu paraître quelque peu agressif, estime Marlene Elmassian. Il peut être plus stratégique d’indiquer qu’il préfère ne pas répondre. »
Des recours pour les candidats
A la suite de l’entretien, si le candidat n’est pas retenu et qu’il pense avoir été écarté à cause d’une réponse qu’il a donnée à une question inappropriée, il a plusieurs recours.
« Il peut saisir le Défenseur des droits, le conseil de prud’hommes, informer l’inspecteur du travail ou encore saisir la juridiction pénale, développe Marlene Elmassian. De son côté, l’employeur qui pose des questions à caractère discriminatoire encourt des sanctions pénales pouvant aller jusqu’à 45.000 euros et jusqu’à trois ans d’emprisonnement. »
D’ici à 2026, une nouvelle question s’ajoutera à la liste des interrogations illégales : « Combien gagnez-vous dans votre emploi actuel ou combien avez-vous gagné dans vos emplois passés ? » Et ce, en raison d’ une directive européenne sur la transparence salariale qui sera bientôt transposée en droit français . Une bonne nouvelle pour les salariés.
En effet, nombre d’employeurs se basaient sur la réponse pour ensuite négocier la rémunération du candidat. « Mais en pratique, la question résistera selon moi et je vois mal un candidat refuser de répondre, avance Marlene Elmassian. Néanmoins, le mensonge du candidat sera moins vérifiable, puisque le recruteur ne sera plus en droit d’interroger les anciens employeurs sur ces points. »
Chloé Marriault